Une bonne œuvre accomplie par un malfaiteur peut-elle effacer ses innombrables mauvaises et lui assurer l’impunité pour le restant de sa carrière de brigand ? La participation de certains hauts dirigeants algériens à notre glorieuse révolution est plus que douteuse. Ne doivent-ils pas être jugés à l’aune de leur gestion catastrophique de l’Algérie plus tôt que sur leur hypothétique participation à une révolution qui n’a tenu aucune de ses promesses ?
Les peuples faibles, cas du peuple algérien, attirent leurs ennemis, exogènes et autochtones, tout comme les proies faibles, trop jeunes ou trop vieilles, malades ou blessées, attirent les plus opportunistes des prédateurs. Aussi, les algériens ont-ils subi l’une des plus longues et des plus humiliantes colonisations de toute l’histoire contemporaine de l’humanité suivie de l’une des dictatures des plus dégradante et des plus voraces. La guerre d’Algérie (1954-1962) avait opposé,
De 1956 jusqu’à 1962, pendant six ans, comme la majorité de jeunes bergers et guetteurs, nous étions : les oreilles, les yeux et les garde-manger, les sources d’eau, les guides… des combattants nationalistes algériens de passage dans nos zones respectives. La mienne, se limitait à la zone quatre de la wilaya quatre (arrière pays de Gouraya). Pendant cette pénible période, j’ai connu des nationalistes algériens admirables, à la foi inébranlable, au courage exceptionnel, qui avait abandonné : père et mère, frères et soeurs, femme et enfants, leur foyer, pour aller, en guenilles, pieds nus, affamés, à mains nues, au front pour faire face à un rouleau compresseur, à une armée coloniale moderne, encadrée par des experts sortis des plus grandes écoles militaires du monde occidental, qui maîtrisait : terre, mer et air. Mais cette armada était ridiculement inadaptée à la configuration géographique du terrain et à la nature même des « Evènements d’Algérie ».
La guerre d’Algérie, qui n’a jamais osé décliner son nom, était une sale guerre menée par des hommes de l’ombre, par services secrets et par leurs indéfectibles alliés : RG., (renseignements généraux), DST (direction de la surveillance du territoire), le BEL (bureau étude et de liaison), le GLI., (groupement léger d’intervention), le 11éme choc, la main rouge (GIA du SDECE), les sections Georges, SAS., 2éme et 5éme bureaux et leurs puissants alliés :
Si tous ces services ligués, aux moyens gigantesques, n’avaient pas réussi à : infiltrer, à instrumentaliser les rangs des nationalistes algériens et a manipuler certains de leurs chefs, à les réduire à l’état de simple pion sur un échiquier, alors, sans aucun doute, les algériens appartiendraient à un peuple d’élite.
Dans mon secteur, à partir de 1958, les rangs de nationalistes étaient : infiltrés retournés, instrumentalisés et certains de leurs chefs manipulés par les services du 5éme bureau du 22éme R. I. (régiment d’infanterie), basés au Bois Sacré (résidence d’Eté du gouverneur général d’Algérie), aux ordres du lieutenant Jean Lacoste. Ces éléments félons étaient aisément identifiables, ils portaient des armes foudroyantes. Tout comme ils sont repérés, à plusieurs reprises, par de nombreuses personnes digne de foi, se diriger, deux par deux, à la tomber de la nuit, vers le Bois Sacré, vers les services du lieutenant Jean Lacoste, d’où Ils revenaient avec des vêtements fraîchement lavés et impeccablement repassés, des pataugas neuves, des rations alimentaires identiques à celles distribuées aux troupes. Aussi, vers le printemps de 1958, le colonel Omar Oussedik, alias Si Taieb a été exfiltré par les services coloniaux, de la zone 4 de la wilaya 4 (Dupleix (Damous) pour être dirigé, via Marseille et Paris, vers le Caire où il sera nommer ministre de l’information dans le premier GPRA (gouvernement provisoire de la république algérienne),
J’ai eu l’occasion de rencontrer des bergers/guetteurs, des fellahs, des anciens moudjahidin… de toutes les régions d’Algérie, tous, ils ont eu connaissance de la présence d’éléments félons infiltrés dans les maquis de leurs zones respectives. Donc la conspiration était générale, verticale et horizontale. Etait-elle évitable eu égard aux moyens humains et matériels disproportionné, quasiment illimités, de l’ennemi et de ses innombrables alliés ? Dans un tel climat de suspicion, il semblerait que les crapules aient des capacités à survivre alors que les hommes d’honneurs, trahis par les leurs, tombaient au Champs d’honneur dans des conditions particulièrement suspecte.
Dans le but de comprendre les tenants et les aboutissants de la haute trahison dont beaucoup de héros de notre révolution furent le victimes, j’ai lu quelques 1000 ouvrages consacrés à la guerre d’Algérie, remués quelques milliers d’autres. Connaître la vérité et avoir le courage de la dire, constitue, pour moi, le plus fort hommage que je puisse rendre à nos glorieux martyrs et aux moudjahidin, aux survivants sincères. Que les générations montantes ne comparent jamais nos hommes vertueux, totalement désintéressés, tombés au champ d'honneur, avec les « khatafa » (racketteurs du peuple) qui se sont autoproclamés anciens moudjahidin, qui ne brillent que par leur opportunisme et leur haine à l’égard de notre sobre peuple qu’ils ont humilié, rabaissé à niveau inférieur à celui qui était le sien sous le colonialisme.
Dans ma quête éperdue de la vérité, le vendredi 16 novembre 2007, en première partie de soirée et le samedi 24 du même mois, en début d’après midi, la chaîne de télévision franco allemande Arté a diffusé et rediffusé un documentaire : « L’espion au Champagne » portant sur les activités du Mossad, les services de renseignement israéliens, en Egypte, durant les années 50/60. En effet, le régime nassérien avait recruté tout ce qu’il croyait être des anciens nazis allemands, des experts en armements, notamment en matière de fusées et de missiles. Ce documentaire a révélé que la plus part de ces savants allemands étaient aussi des agents du Mossad, des services israélien, d’une part et, d’autre part, que les services : anglais, allemands, américains, israéliens, espagnols… travaillaient en très étroite collaboration avec leurs collègues français. Le documentaire montrait clairement que ces espions avaient leurs entrées et sorties dans les plus hautes sphères des centres de décision du pouvoir égyptien, du plus puissant Etat arabe. Si ces espions israéliens, opérant sous couverture de savants allemande, ont réussi à se jouer des services égyptiens, qui les auraient empêchés d’en faire au moins autant dans des maquis algériens ouverts aux quatre vents, anarchiques, animés par des fellahs démunis, aux abois, analphabètes et illettrés ?
Quant aux méthodes infaillibles d’infiltration, d’instrumentalisation et de manipulation des rangs des nationalistes algériens, je donne la parole à un spécialiste, à Roger Wybot, au créateur et patron, pendant 15 années, de
R. W. :
«…s’ils (maquisards) ont survécus c’est que je l’ai bien voulu et leur manipulation c’est déroulée dans des conditions idéales ». Et les nationalistes irréductibles que devenaient-ils ?
R. W. poursuit :
« …ils seront dénoncer comme indicateurs de polices par les agents doubles que j’ai mis en place moi-même, et se feront éliminer comme traîtres ».Le même acteur avoue encore :
«… Avec notre accord et la complicité de l’armée française, nos agents F. L. N., montent également des opérations bidon de manière à se couvrir de gloire aux yeux de leur état-major du Caire et de Tunis. Chaque fois, nous organisons tout nous-mêmes pour rendre le coup de main rebelle totalement crédible ».
Et, encore :
« Au fur et à mesure, nous déblayons le terrain devant eux (éléments félons). Leurs camarades (vrais nationalistes) se font prendre, leurs chefs jouent également de malchance. Ce qui leur permet de grimper dans la hiérarchie clandestine, de remplacer ceux que nous choisissons d’éliminer. Certains de ces agents doubles, vont atteindre les plus hauts échelons de l’Etat major du F. L. N. Il nous est arrivé de manipuler des chefs et des chefs adjoints de wilaya… ».
Cf. Philippe Bernert : « Roger Wybot et la bataille de
Monsieur Ahmed Ben Cherif, ancien colonel de la wilaya 4 et ancien commandant de la gendarmerie nationale, avait déclaré, en 1989, au journal parisien,
Pourquoi n’avez-vous pas écrit et publié pour les dénoncer ? demandait le journaliste.
Ahmed Ben Cherif :
« …j’ai écrit, mais à chaque fois que je me dirige vers un éditeur, je croise sur mon chemin quelqu’un qui me demande : « Ister ma ster Allah » (garde secret ce Allah ne veut pas divulguer).